Coutanceau vole très haut

by Raphaële Marchal

Si l’on avait, pour jouer, ou pour voir, ou pour provoquer, demandé à un homme très drôle, très intemporel, très élégant, du genre à aller voir un film en costume 3 pièces pièces Jacques Heim, un peu boudiné dedans parce que de 30 ans son cadet, mais pardonné par un foulard rouge et des moustaches cirées, de dessiner son idée du grand restaurant, il aurait dessiné Coutanceau.

toque-moustache    toque-moustache    toque-moustache

Coutanceau, c’est la folle prolongation de l’idée du grand restaurant, le nectar de la table, le graal du souper, avec majordome en haut-de-forme, molleton sous nappe et vue sur mer (et baigneurs tardifs en slip de bain).

Coutanceau c’est aussi cette prouesse épatante d’arriver à rendre la salle encore plus délicieuse que la cuisine, même aux yeux d’un obsédé des casseroles. Humour, anecdotes, regards et malice, effleurages (Coutanc-hot), conte des vins et vins des comtes, on en oublierait presque la langoustine. Nicolas Brossard, co-proprietaire du restaurant et amuseur-bichonneur de salle, représente tout ce que vous avez toujours attendu d’un service, sans jamais oser l’espérer : une étoile pour la cuisine, et une étoile pour la salle. Grandiose.

Et puis elle arrive, cette langoustine, en 3 services. En tartare, puis en basse-basse (Coutanslam), puis rôtie au beurre noisette, la langoustine prend chaleur en crescendo sans oublier d’être divine.

IMG_3394 (1)

Mais le vrai grand cygne de ce dîner, triomphant sans pincer des lèvres, c’est le homard. Le civet de homard, du moins sa moitié, sur raviole de shiitakes, légumes glacés et beurre mousseux, à s’en mettre plein les cheveux en léchant l’assiette. Du grand grand grand plat. Annoncé de surcroît avec un légendaire « je suis désolé, je préfère vous prévenir, pour éviter toute déception, vous allez manger du homard ce soir. Voilà, c’est dit. Mais ça va passer vite, c’est promis ». Quelle audace, quelle classe, quel culot ! Un homard en grandes pompes cirées, à l’enterrement duquel on aurait pu croiser Karl.

Autre fourberie du monstre du goût au sens inimaginablement large, les fromages font de l’ombre aux desserts. Ce que j’ai trouvé d’une outrecuidance à pleurer de joie, et à reprendre un petit pain à la graisse de canard (ou au vin rouge) pour finir son trou du cru. 

Et pour toutes ces raisons, ça vaut l’Coutanceau. 

Coutanceau – Plage de La Concurrence – La Rochelle
Deux étoiles au Guide Michelin
Membre des Grandes Tables du Monde 

Par Christopher Coutanceau et Nicolas Brossard
Fermé dimanche et lundi
Entre 65€ (au déjeuner) et 160€ (au dîner), amplement justifiés