J’ai mangé Strasbourg (et vous implore de vous ruer au 1741)

by Raphaële Marchal

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Si l’on m’avait dit, il y a quelques mois, que j’irais à Strasbourg sans me gaver de choucroute, bretzels et knepfles, je me serais pincée jusqu’au sang pour me réveiller de ce cauchemar, par peur qu’il ne soit prémonitoire.

Je suis allée à Strasbourg sans me gaver de choucroute, bretzels et knepfles.

C’était d’une allégresse absolue.

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A peine arrivées, pas d’intérieur confiné et étriquable en belle journée mais une terrasse toute pimpante, ouverte et dorlotante. Dans la famille Wucher, on ne taquine pas la transmission, et le Parc Obernai perdure de génération en génération depuis 1954, droit comme un i. Aujourd’hui, Marie Wucher, aux manettes sucrées de la maison, et son amoureux Cyril Bonnard, chef des cuisines, quatre-mainisent à merveille, à la fois en cuisine du marché dehors, bistrot tradi dedans et gastro le soir, loin des racines alsaciennes.

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Sacrée trotte sous l’coude pour Cyril (Gagnaire, Ducasse, Robuchon, Alléno), bringuebalé de Las Vegas à Dubaï, avant de se laisser convaincre, love oblige, de reprendre les manettes d’une maison déjà bien plantée, et avec brio. Croustillants de gambas translucides à coeur, tartare de boeuf superbement retwisté comme en Asie, tarte citron sans tarte, un parfait premier pas dans l’Alsace, à mille lieux de ma to-do-list.

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Spa, piscine, visite-kouglof du bistro, mini-bowling éclatant, passage secret que je ne peux pas dévoiler, le Parc Obernai joue la carte du « je suis tout à la fois et n’ai pas fini de faire jongler mes talents », et j’adore ça.

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Côté gastro, on est d’humeur timide, de la déco qui se cherche au foie gras / moelleux resté sur les réjouissances des 70’s. Une cuisine néanmoins gourmande, nette et efficace, aux assaisonnements justes et cuissons ultrabright, mais sans grande surprise. Joli saut du lit ceci dit, avec marque de l’oreiller sur la joue, à l’arrivée du dessert, qui sous ses airs de Betty Boop en mini-jupe (du rose, des fleurs, du lovy love), démotive tout élan de baching à la première bouchée tant cet accord sucrosité de la fraise / acidulé du citron / malignité des bonbons fonctionne à merveille. Le genre de dessert qui vous réveille la nuit. Binocle, Marie.

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Grododo et gargantuesque petit déjeuner plus tard (oeufs, bacon, fromage, charcuterie, champignons, pancakes, kouglof, marbré, brownies, fruits, yaourt – la sommité idéale), cap sur Strasbourg City et son 1741 sur 3 étages (la cuisine au dernier) (le strasbourgeois n’est pas une fillette) au bord de l’eau.

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L’arrivée au restaurant est d’un champêtre sans nom, et vous tire les mots de la bouche : « je me verrais bien vivre ici ! ». Les premiers pas dans cette maison vous replongent en enfance (où qu’elle fusse) (presque).

Trois étages, donc, plus tard, nous voilà à l’étage de la cuisine qui ne crie pas son étoile, à la déco moderne et modeste, très joueuse de transparence.

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Pleine vue sur les gestes appliqués de Guillaume Scheer, le poulain du bleu-blanc-rougé Olivier Nasti, et sa superbe cuisine.

Rarement de mon quart de siècle n’ai-je eu l’occasiond de réjouir autant et avec tant de panache mon palais. Brioche feuilletée et beurre au foie gras ont ouvert le bal à un sublimissime tartare de langoustine à la mâche parfaitement gluante et résistante, droit au goût en mi-chemin idéal entre iode et sucrosité.

En deuxième temps, la signature de la maison, que le chef se garde bien d’annoncer : l’anguille, en porte-cuir de Russie. Du nectar de plat. Ce que je veux retrouver, à une bouchée près, quand je vois ce joli petit poisson sur une carte. Mais personne ne la fait comme lui, le filet tout délicatement laqué aux agrumes, puis fumé, à fleur de peau, et caressé d’une farce au brochet et d’une mousseline de poireaux, d’une perfection parfaite. Un grand plat dans une petite assiette, tout chaud, tout fondant, tout juste. L’assiette qui suffit à parapher le talent du chef.

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Pas frileux, Guillaume Scheer continuera les fabulosités avec l’une des plus épidermiques des madeleines de Proust : l’oeuf, ici le jaune à 64° sapé d’une raviole de blanc, mousseline de citron, croûtons, lardons, oignons et, une fois le ventre ouvert… une sauce meurette à l’onctuosité digne du Guiness des Records.

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Fantastique boeuf maturé et moins fantastique fraises rouges et blanches et basilic, pardonnées par l’interminable chariot de desserts (nougats maison, tuiles caramel, canelés, macarons, truffes…).

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Du bonheur en barre.

Merci Strasbourg.