Prends ta madeleine, je t’emmène au Hyatt.

by Raphaële Marchal

Le problème avec le luxe, c’est qu’il appelle des exigences luxueuses. Vous ne me verrez jamais me plaindre dans un bistrot made in Fooding que le chef-barbu-tatoué-sans-toque ait osé m’annoncer, en me tutoyant, que neuf plats sur dix ne sont plus dispo, sur fond de hard rock débordant des cuisines, assise sur une chaise en bois rigide et boulottant du pain coupé très épais dans un sac en papier puisque l’idée, justement, c’est qu’on te claque la bise et que tu dis merci. Ma passion. (Vraiment).

Dans un restaurant-de-luxe, c’est différent.

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Moquette trop molle, identité olfactive un tantinet pas assez poivrée, cheveux du responsable de salle en sur-ondulation aiguë ? S.C.A.N.D.A.L.E.

Et au Hyatt Madeleine, je peux vous dire que je l’ai cherchée, la petite bête. Avec plus d’entrain que Big Joe en pleine chasse aux oeufs de Pâques, ou que Justin Bieber en pleine chasse sur Tinder. Rien, walou, peanuts.

Le Hyatt Madeleine ne fait pas semblant de faire les choses bien, de l’intensité du moelleux sous vos pieds jusqu’au placement millimétré de la toque de Patrick Charvet sur sa tête bienveillante, et aussi fort que je les aime, mes petites caves à manger où on dîne les uns sur les autres, j’aurais pu y rester toute ma vie, dans ce fauteuil, au coin du feu, à me lover dans des plats fabuleux.

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Patrick Charvet, étroitement acolyté de son sous-chef Simon Havage, ne sugar-coat pas les fournisseurs, et reprend tout à zéro en arrivant, du champion de la crevette grise à la reine des mangues. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il ne se repose pas sur l’irréprochabilité de ses petits producteurs pour sortir de grands plats. Il y ajoute son génie, clandestin, et c’est remarquable.

Coquillages, artichauts, brocolis, pesto d’algues au jus de yuzu… Impeccable. Singularité précise et dissociable de chaque goût, sans voler la vedette à l’harmonie d’ensemble, crevettes grises presque sucrées, citron caviar éclatant, pesto iodé triomphant dans son rôle de liant d’ensemble. Binocle.

Petite surprise enchantante que cette Saint-Jacques quasi-caramélisée tout en restant nacrée, au sésame à la prune japonaise UME, acidulant cette petite graine toastée avec subtilité.

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Vous ne trouverez pas plus régressif et réconfortant que ce plat de coquillettes au jambon à l’os, Comté, truffes et jus de viande corsé, aussi gourmand qu’il en a l’air, parfaitement équilibré et servi très chaud (j’adore).

En l’absence de chef pâtissier (ce que je trouve d’une audace hallucinante), c’est une mangue en pleine forme et déclinaison d’agrumes vifs et sucrés qui vinrent clore cette jolie boîte à merveille.

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Belles promesses pour ce Hyatt tout doux qui n’a rien à envier au Park.
Inutile d’emmener ta madeleine, ils ont mieux.

Jolie (chic) découverte à vous.

Hyatt Madeleine
Le restaurant