Portrait d’un portraitiste : L’ébouriffant Stéphane de Bourgies

by Raphaële Marchal

Rencontrer Stéphane de Bourgies est une expérience étourdissante.

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L’homme : Svelte et élégant, posé, à sa place. Heureux. Drôle, inspiré, spontané. Vivant.

Ses photos : Balèzes. Vives, provocantes, fulminantes, pleines d’histoires et de muscles. Un travail d’une prodigieuse singularité. Inouï.

Son studio : Épatant. Brut et poignant. Hauteur de plafond stupéfiante, portraits tapissés sur les murs, un grand canapé, un ordinateur. Des livres à n’en plus finir, une petite cuisine, un grand escalier. Et en plein coeur, l’arène, le ring, le champ de bataille : le spot, sur immense fond blanc, qui en impose de sa majestueuse sobriété, et vous dit, assuré, « j’en ai vu passer… ».

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Stéphane aime les gens, les regards, le noir et blanc. Son père était daltonien, il a baigné dedans. Il adore la couleur, mais la vraie. « Tu vois, j’ai un pantalon rouge, t’as un pull jaune, j’adore ! Mais dans la vie, t’as du marron, du gris… c’est pas de la couleur pour moi. Alors en photo, mon écriture est en noir et blanc ».

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Se trouver lui a demandé du temps, et beaucoup de travail. Comme les chefs, qui puisent leur inspiration dans les influences qu’ils ont, Stéphane s’est nourri de ses maîtres, avant de trouver sa patte. Il travaille très intensément, rapidement, se déplace beaucoup, ne laisse pas le choix, se précipite pour capter, violer presque, l’instant. S’il s’accompagne occasionnellement d’un assistant, il travaille généralement tout seul, avec une aisance déconcertante. Il aime recevoir les gens chez lui, leur tirer ce « wouah » d’admiration lorsqu’il passent la porte, les emmener où il veut aller.

Il a horreur d’emmerder le monde, raison pour laquelle il ne travaille qu’en studio, pour ne pas dépendre du vent, de la foule, de l’environnement. « Je ne prends jamais de photos dehors, il y a des cartes postales qui existent pour ça, moi, dehors, je photographie avec mes yeux ».

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Stéphane a pour rituel de toujours prendre le temps d’échanger, autour d’un café, avant la séance, pour observer la gestuelle, le caractère, le placement. C’est un peu comme si la photo était déjà prise, il observe et sait d’avance. « Une fois devant l’objectif, ils se retrouvent à poil, ils n’ont pas de contenance, et je vais très vite, pour qu’ils n’aient pas le temps d’organiser une défensive ».

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Stéphane est toujours à l’heure. Il a horreur de trois choses : les gens en avance, les gens qui n’aiment pas l’idée de poser les bras croisés, et les gens qui arrivent en disant « je ne suis pas photogénique, je suis moche en photo ». Ce à quoi Stéphane s’amuse à répondre « vous êtes juste la 417ème personne à me dire ça ! ».

Voilà pour les présentations.

Maintenant que vous connaissez mieux Stéphane de Bourgies, passons au sujet qui se mange : les chefs. Stéphane, par son inégalable talent de portraitiste, s’est malgré lui positionné en photographe officiel des grands de la profession, alors que rien ne l’y prédestinait.

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Tout a commencé lorsque Élodie (Piège, aujourd’hui) l’a booké, il y a 8 ans, pour un livre sur les équipes du Crillon. Tous les métiers seraient illustrés dans ce livre, et Stéphane partait pour une vingtaine de portraits, du plongeur au chef. Sa toute première photo de chef fut le fameux portrait de jean-François Piège, la main sur le visage, à califourchon sur une chaise.

Un soir, au George V, Jean-François Piège sort son téléphone, montre une photo de lui à Stéphane en disant « qu’est-ce que t’en penses ? ». Il s’agit de la photo de couverture de son livre « Jean-François Piège dans votre Cuisine », qui part le lendemain chez l’imprimeur. Jean-François voudrait que Stéphane s’y essaie. Action : réaction, le lendemain, notre marionnettiste de la photo reprend la main sur le shooting et signe l’incontournable photo du Chef Piège, la tête posée sur les mains.

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Quinze jours plus tard, Flammarion l’appelle : « on voudrait vous envoyer Paul Bocuse », et comme dit Stéphane, une fois qu’on a fait Piège et Bocuse…

Alors avec Stéphane, on a joué à un jeu.

Le jeu des chefs.

Un chef, derrière ses fourneaux, ses couteaux, ses produits, ses airs durs et ses équipes, est à l’aise, en confiance, déterminé.
Un chef, debout au milieu d’un studio, sous les projecteurs, sans accessoire ni repère, est vulnérable, il expérience une une mise à nu particulièrement médusante.
Stephane de Bourgies, témoin de ces déséquilibres de toques, a retenu quelque-chose de chacune de ces séances…

En voici un aperçu.

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Pierre Gagnaire : Numéro 1 de la photogénie, sublime à photographier, beaucoup de charisme. Sacrée gueule. Discret.

Alain Passard : Numéro 1 ex aequo de la photogénie à la belle gueule et aux pommettes taillées, chevilles nues dans ses Berluti, hallucinant d’élégance et d’aisance.

Jean-Pierre Vigato : Numéro 1 ex ex aequo de la photogénie, beaucoup d’allure et d’élégance, gueule d’acteur américain ! Mec bien.

Yves Camdeborde : Il a gardé sa barbe et ses cheveux pour l’occasion, jeux de grimaces, du gâteau.

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Jean-François Piège : Il arrive en se frottant les mains, incarne la gentillesse et la bonté !

Anne-Sophie Pic : Super ! Un petit bout de bonne femme timide, discrète, mais qui rayonne. Une grande dame, une belle personne.

Guy Martin : Le beau gosse, le play-boy, facile ! Très gentil, sublime.

Christian Constant : Le monstre sacré, sans peur, photos drôles et personnelles.

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Hélène Darroze : D’abord assez fermée, puis femme touchante.

Frédéric Anton : Ils s’adorent ! Quand Frédéric sait que c’est Stéphane, il accoure.

Éric Fréchon : Belles séance, homme charmant.

Pierre Hermé : Superbe ! Ce sourire…

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Paul Bocuse : Ah Paul… Super rencontre ! C’est un grand-père, paisible. C’est lui qui dirige.

Éric Ospital : Bonne bouille, sympa, drôle !

Stéphanie Lequellec : Adorable, très belle femme.

Christophe Michalak : Son chouchou ! Un mec hyper cool, élégant, sympa, qui dit toujours oui et aime que les choses aillent vite.

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Jean-Paul Hévin : Super punchy, très gentil, séance très drôle. (Stéphane se met à mimer le toréador !)

Adeleine Grattard : Petit bout de femme adorable et tonique, très accessible, super !

Claire Heitzler : Très discrète.

Joël Robuchon : Super, il n’avait jamais eu une photo pareille, séance pleine d’humour et de rigolade.

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Christelle Brua : Adorable, toute en rondeur, en douceur et en sucrerie, c’est un amour !

Amandine Chaignot : Très jolie et pleine d’énergie, une femme tonique.

Jean-François Rouquette : Super, un mec franc, photo un peu dure, il a adoré.

Yannick Alléno : Super !

 

Alors voilà, Stéphane a volé un peu de ces chefs le temps d’une séance, pour leur offrir une captation d’émotions éternelle, inédite. Il s’est ensuite assis à la table de ces chefs, pour les plus belles sensations qu’offrent leurs talents, et je trouve cet échange de passions à la fois fusionnel et déroutant.

Vous serez par ailleurs ravis d’apprendre qu’en plus d’être le portraitiste le plus talentueux que j’aie eu la chance de croiser dans ma vie, Stéphane de Bourgies adore manger. Quel sans faute.

Dans deux petites semaines, le premier livre de Stéphane de Bourgies, « Face à Faces », prendra place aux côtés des plus beaux ouvrages. Je vous en souhaite une très belle découverte.