Cher Caillebotte, je t’aime d’amour.

by Raphaële Marchal

Quand mon chocolatier préféré, Jacques Génin, me plante quelques heures avant d’aller chez Caillebotte, je vois aussi rouge que son irrésistible tarte aux framboises.

Hors de question que j’annule cette table, pour laquelle je me suis battue corps et âmes, la semaine précédente. Il m’eut été douloureux d’annuler une réservation que j’ai eu tant de chance d’obtenir, vous n’en disconviendrez pas. « il m’en reste une à 21h30 ! » Non, elle était pour moi cette table, cette petite table en marbre, fièrement adossée à un grand miroir d’antan, au milieu d’une salle charmante, alambiquée, aux accents danois-bohèmes, et toute de bois vêtue.

caille

Thomas (le chanceux) (il me remercie encore) qui répond présent. Petit godet aux Parigots et nous voilà partis, fringants, sur la route de Caillebotte. Arrivés devant cette grande façade aux angles des rues Milton et Hyppolyte-Lebas, nous passons un grand rideau rouge, donnant sur le bar, elle-même donnant sur la cuisine ouverte. Trois petites marches plus tard, nous voilà installés, aux côtés d’un couple étonnamment assorti (elle, holé-holé, rieuse, change d’avis sur l’entrée une bonne dizaine de minutes après avoir passé sa commande, lui… vieux).

Le menu, dans un esprit minimalisme bistronomique sans surjouer le minimalisme bistronomique, se résume à une feuille A5 pincée sur une planche en bois. Le contenu du menu, lui, est un vrai allumeur. On est sur du James Dean en jean moulant, appuyé contre sa Porsche 550 Spider, clope au bec, fossettes et clin d’œil aguicheur. Cinq entrées, cinq plats, trois desserts.

Coup de foudre.

Je prends les ravioles de paleron de bœuf, rutabagas et bouillon de lard des Pyrénées. Je mets ce plat dans mon top 3 deux mille quatorze. La pâte à raviole est fine et fondante, le paleron est confit et moelleux, le rutabaga, emporte-piécé en 4 gros cercles qui prennent tout le fond de l’assiette, est acidulé comme un pickle, et sucré comme une fraise, et le bouillon, divin, lie le tout avec une perfection de chirurgien. Exceptionnel. Thomas prend la crème de champignon, chantilly fumée et jaune d’œuf, une cuillère me suffit à admettre que mon plat n’était pas un coup de chance.

Cher Caillebotte, je t’ai dans la peau.

Tout s’enchaine sur la même lancée, les finitions sont irréprochables, je prends le maigre, Thomas le carré de cochon, je n’ai tellement rien à redire que c’en est presque énervant.

Dessert… Ananas rôti au caramel, glace vanille et sablé fleur de sel pour moi, chocolat – banane et croustillant pour Thomas, du très, très bon.

Béguin.

J’annonce : un BIB en 2015. Oui Monsieur.

Caillebotte
8, rue Hippolyte-Lebas Paris 75009
35€ E-P-D, verre de vin 5€
Ouvert du lundi au vendredi