Parlons plaisir au Prince de Galles
by Raphaële Marchal
Plaisir /plɛ.ziʁ/ masculin : État de satisfaction, correspondant à un état émotionnel agréable né spontanément d’une situation donnée, de la satisfaction d’un désir ou de la perspective de cette satisfaction. Physique, psychique ou intellectuel, il concerne tous les âges et est, comme le désir, indispensable à l’équilibre d’un être humain. Son refus, conscient ou inconscient, révèle un trouble psychique.
Voilà.
Voilà ce que m’évoque le Prince de Galles, cette cachette secrête de bonheur grand luxe, que je garderais volontiers pour moi si je n’étais pas si généreuse. Le royaume du plaisir, du goût, du beau… du délectable. L’expérience débute au premier pied posé dans le hall, majestueux, intimidant. Le Prince de Galles fait partie de ces hauts lieux qui font de Paris, Paris. Comme l’Ami Jean, Le Rubis ou Le Grand Colbert.
Mais si Stéphanie Lequellec envahit chaque soir La Scène de son extraordinaire talent (qui lui a d’ailleurs valu une étoile à la dernière sortie du guide), c’est d’eux que je veux vous parler aujourd’hui :
Yann Couvreur, chef pâtissier des lieux, et Christopher Gaglione, chef barman, emmènent vos émotions dans une autre dimension.
Récit d’une épatante soirée au bar Les Heures.
Alix et moi sommes accueillies comme des reines dans le patio et avons l’honneur d’être conseillées par Christopher Gaglione, ce chef barman surdoué, qui réfléchit ses cocktail comme un cuisinier, vieillit ses propres alcools en fûts et trouve d’un naturel déconcertant de passer un an à élaborer une recette.
Chaque cocktail est une aventure, une balade, une évolution des goûts et des textures, qui tiennent à la taille et forme du glaçon, aux matières premières sélectionnées, aux contenants, joueurs et atypiques, à la folie du chef qui vous met au défi de ne pas succomber. Mentions très spéciales, éclatantes même, pour le Parisian Smach, offrant une parfaite harmonie sur le Glenmorangie, la vanille et les agrumes, et pour le Mojito Thaï, jouant superbement la carte du basilic thaï et du gingembre frais.
Le talent de Christopher Gaglione, à la manière d’une transparence ineffaçable, persiste et grandit dans chacune de ses signatures, et me fait réaliser que jamais je n’avais été émue par un cocktail. Séduite, réveillée, déroutée, oui, mais émue, jamais. On assiste à une hallucinante performance, qui donne tout son sens au titre de MOF barman.
Mais Christopher n’est pas le seul à redéfinir le plaisir au Prince de Galles, puisqu’en pâtisserie officie Yann Couvreur, maestro du toujours-plus. Il déboussole de génie, en accordant systématiquement ses desserts à la perfection. Rien n’est laissé au hasard, et quand Yann décide de marier deux produits, c’est qu’ils s’entendent, de la première à la dernière bouchée, comme deux amoureux qui lisent le même livre et s’attendent en bas de la page. Une telle justesse ne se raconte pas, elle se vit.
Cette volupté bien élevée aux allures malicieuses de premier de la classe se délecte notamment dans la signature du chef, le cinq feuille, une pâte à kouign-amann toastée, abondamment garnie d’une crème pâtissière minute à la vanille de votre choix. Cette réalisation humilie gentiment et élégamment les autres millefeuilles de la capitale. J’ai tout dernièrement plongé sans retour dans une tarte aux figues en deux services, puisque le premier des deux m’a littéralement assise par terre : pâte feuilletée caramélisée, crème de noix et figues rôties, glace à la noix. C’est le genre de dessert qui dissocie le chef et le maître, et sans suspens.
Yann Couvreur n’est pas seulement la bonne étoile de La Scène, mais de l’ensemble des offres sucrées de l’hôtel, et joue son rôle à la perfection. En d’autres termes, il fait aimer les desserts aux pro-entrée-plat (ces inconscients).
Vous voulez un secret ? Yann a bouclé sa bûche. Vous en voulez un autre ? Sa galette aussi…
Quant au goût, rappelez-vous, ça ne se raconte pas.
Si Alfred était là, il ne badinerait pas avec le Prince de Galles. Et moi non plus.
Belle découverte à tous et n’oubliez pas, le bonheur, c’est facile, ça se mange. D’ailleurs, selon le Larousse de la Gastronomie, le Plaisir est une petite gaufrette roulée.
