Les trente-quatre petits bonheurs de Pakta, Barcelone.
by Raphaële Marchal
Barcelone est à l’Espagne ce que la crème fraîche est à une tarte tatin. Ce petit morceau de douceur folle et dansante donne toute sa rondeur à un pays merveilleux, infatigable et caliente.
Je l’ai mangée avec la gourmandise de Charlie
devant sa chocolaterie, bavante d’un bonheur glouton, insatiable.
Tombés du train, mon sacré mangeur d’acolyte et moi-même nous engouffrons chez Brunch & Cake, un ravissant salon de thé dont la zénitude n’a d’égal que la fraîcheur de sa carte. Plus proches, et vous n’en disconviendrez-pas, du chic-brut-danois que des tapas-ola-caramba, cette adresse demeure authentique par la légendaire bonhomie de son service, et offre une cuisine d’assemblage efficace et gourmande. Un bon premier pied dans la ville.
Si personne ne le dit tout le monde le pense : qui va à Barcelone sans passer par le zoo passe à côté de sa vie. Donc zoo. Mais alors zoo… Zoo patron. Zoo binocle. Zoo très en place. Et SCCOP : flamant rose se dit flamenco en espagnol. Ça fait partie de ces petites informations qui me remplissent de joie. (Après le flan) (et les croquetas) (et tout ce qui se mange).
Mais je m’égare. #cecinestpasunbloglifestyle
L’irrésistible hôtel Alma, le paisible et trendy Brunch & Cake, le fantastique zoo de Barcelone, l’inégalable vue du dernier étage de l’hôtel W et la très typique Pépita n’ont été qu’écrin douillet au clou du spectacle : le restaurant Pakta. Tel le coeur fondant d’un Ferrero Rocher, la vue sur les lacs après 8 heures de rando en montée ou le premier croc dans un burger, Pakta fait partie de ces trésors qui vous donnent envie de vous féliciter vous-même d’être né, pour vivre ça.
Ouvert en avril 2011 par les frères Adrià, Pakta est un OVNI croisé entre le Japon et le Pérou, à la cuisine aussi fine que des pattes de mouche, exécutée au huitième de millimètre près par Kyoko Li, jeune nippone au talent maturé, et Jorge Munoz, imposant personnage de Lima aux culot cuisinier.
Il ne s’agit pas ici de vous dire ce qui était bon et ce qui ne l’était pas puisque Pakta a la divine habitude de transformer en graal tout ce qui passe la porte de sa cuisine. Même ce qui ne se mangent pas. En revanche, parce que chaque plat est singulier, et parce que chaque plat, à lui seul, mérite et justifie le déplacement, ce sont à des petites choses de la vie, singulières et différentes, que je vais les associer.
En d’autres termes, un plat = un petit bonheur.
Démonstration.
Tofu avocat wasabi, takosu, maquereau fumé au miso, limequat au Tiger’s milk et daïkon Amarillo = la version longue, très longue, du foot massage de Pulp Fiction
Nuage de dashi et caviar = l’odeur d’un bébé tout propre
Stracciatella de yuba et truffe blanche = le baiser d’Auguste Rodin
Yuca croustillant à la sauce huancaïna = odeur de la crème solaire sur la peau
Langoustine en deux services = réaliser qu’on ne sait plus quel jour on est
Bar usuzukuri au yuzukosho = descente en rappel le long d’une cascade corse
Le trio de nigiris (daurade, bonite et thon) = pincer la partie charnue de l’intérieur d’une main
Ceviche d’hiver = des guilis dans le dos
Causas frits = le beurre salé qui fond sur du pain grillé
Poulet grillé sanguchito = l’accomplissement d’avoir pile assez de pain pour finir son fromage, et inversement
Gyozas au poulet et oignons nouveaux = décorer le sapin de Noël
Soba de pomme de terre = prendre un bain chaud après une journée en mer déchaînée
Ceviche amazonien = Ryan Gosling tout nu
Octopus grillé anticucho = éplucher un litchi
Gindara = l’intensité du « attendez la crème » dans Inglorious Basterds
Rib eye vieilli et poudre grillée = perles de sucre des chouquettes qui crissent sous la dent
Daïkon furofuki et foie gras = plnger le nez en plein coeur d’une brioche chaude
Persimmon et gel umeshu = ce moment où on rit si fort qu’on renifle (TMTC)
Mandarine au pisco et thé vert, meringue au yuzu, mochi à la crème et aux fraises des bois, flan de soja au caramel = enfoncer doucement, tout doucement, sans respirer, ses pieds dans le sable
Ninoyaki à la banane = éternuer
Quinoa sauvage, chocolats au thé vert et au yuzu = souffler une bougie alors que c’est pas mon anniversaire.
Voilà. Pakta c’est trente-quatre petits bonheurs, palpables et souffle-coupeurs. C’est aussi les plus jolies vibrations que j’aie jamais vécues. Et la plus incompréhensible carte que j’aie jamais lue. Alors allez vibrer.
Et tentez d’ânonner le menu. Ce sera votre trente-cinquième petit bonheur : rire trop fort.

