J’ai mangé l’Ecosse.

by Raphaële Marchal

Avant de passer au plus important (manger), petit portrait des l’Écosse, et surtout des écossais. L’Écossais est profondément bon, bienveillant et généreux, et je pense que de tous les pays que j’ai visités, je n’ai jamais été si bien accueillie.

En d’autres termes, tout le monde y gagnerait à être un peu plus écossais. Ces quatre jours m’ont réchauffé le cœur, et c’est revigorée, et pleine de bonnes énergies, que je suis revenue. Un tout petit mot sur l’architecture et j’arrête de tergiverser : l’Écosse, et en particulier Edinbourg, offrent un paysage surréaliste, majestueux et totalement hors du temps. Une sorte de peinture rétro-gothique irréelle et captivante, qui vous transporte au début du siècle. C’est à la fois effrayant et aveuglant de beauté, mes yeux ont pris tout plein de photos.

À présent, place au récit qui se mange. Je passe une très vaste partie de mon temps avec mes copines écossaises, Kirstin et Rachael, qui vivent à Paris. Mangeuses nées et croqueuses de bonheur, elles apportent à mon quotidien parisien cette « Glowing Scottish Touch » qui parfait tout moment que je passe avec elles. Le temps de ces 4 jours, inversion des rôles : « deux écossaises à Paris » deviennent « une française à Glasgow », et toutes trois nous apprêtons à vivre l’un des périples gargantuesques les plus marquants de nos existences de mangeuses.

Arrivée à Glasgow le jeudi après-midi, nous entamons notre week-end par un petit stop dans la parfaite famille écossaise, la famille de Kirstin, où tout le monde est beau, accueillant et chaleureux. Quelques verres de vin espagnol et je ne sais combien de sortes de grignotages différents (pourquoi les français sont-ils si nuls en chips ?) plus tard, direction Balbir’s, un petit restaurant indien de quartier (pourquoi les français sont-ils si nuls en curry ?).

Tout est frais et bien dosé, les plats swinguent entre audace et tradition, les assiettes sont vivantes et colorées, dans l’ensemble une belle cuisine indienne aux accents du Sri-Lanka. Je fonds tout particulièrement pour le Bhel Poori, une sorte de mélange d’herbes, épices, fruits secs, chutney et pois chiches croustillants, que l’on mange sur des papadom avec du yaourt au concombre.

Yum.

Retour à la maison, une nouvelle maison, en haut d’une colline, immense tout en étant confinée, les écossais ont décidément le sens du cosy ! Lendemain matin, Full Scottish Breakfast ! Boudin noir et bacon au four, saucisses et œufs au plat, gros champignon et tomates à la poêle, et bien sûr, baked beans. (Pourquoi les français sont-ils si nuls en Full Scottish ?).

 

Rassasiées, direction Glasgow et son fameux château dont je ne me remettrai peut-être jamais. J’en apprends des tonnes sur l’histoire de l’Écosse, je passe devant un million de restaurants qui me disent, l’un après l’autre, « il va falloir revenir ». Je suis scotchée.

À table ! Moment le plus attendu du week-end, le restaurant de Tom Kitchin, un étoilé écossais qui a reçu en 2012 un Diplôme Honorifique de Masters of Arts pour sa grande contribution à la « Scottish Food Culture ». Le mec est un géant. Nous nous rendons chez Scran and Scallie, la petite sœur de The Kitchin. Rarement vu de restaurant si joliment décoré, l’accueil est friendly et attentionné, nous sommes tout de suite bien !

Deux verres de Prosecco puis grand plongeon dans le menu. « Euh, je veux tout… » « Oui moi aussi » « Merde » J’opte finalement pour le <em>bouillon de crustacés et ravioles de crabe en entrée, une belle leçon d’assaisonnement et de puissance de goût sans être imposant. Joli équilibre entre la mer et les épices, j’en mangerais tous les jours.

Kirstin opte pour une généreuse tartine de « curried crayfish on rye bread », un délice ! Hyper gourmand et malin dans le dosage du curry, suffisamment présent pour être apprécié, pas assez pour que l’on puisse lui reprocher de voler la vedette à l’écrevisse. Pas taré le crustacé. Je prends ensuite le carrelet rôti, légèrement pané et poêlé dans du beurre, avec des carottes au miel, parfaitement cuit et plein de saveurs, et Kirstin jette son dévolu sur la « Venison sausage & mashed potatoes », et à sa petite bouche qui frimousse et ses yeux qui brillent, je dirais qu’elle est concquise, la Scottish.

Et alors les desserts, chez Scran & Scallie, ils sont pour 4. Je prends le brownie / sauce chocolat et le demande en mariage, Kirstin prend le crumble et l’embrasse sur la bouche. On passe en mode « double date », c’est lovely.

Petite balade digestive (en anglais ça se dit shopping, c’est drôle), et retour à Glasgow ! Soirée cocooning et gros ronflage dans petit nid. Le lendemain, debout aux aurores pour un petit déjeuner des plus raisonnables (yaourt grecque, fruits et céréales) (et petits biscuits…), puis en route pour Glasgow. Marathon coiffeur / beauté / manucure pour la big party du samedi soir (quand l’écossaise sort, elle sort).

Ensuite, pause déjeuner chez Kember and Jones, sorte de ravissante bibliothèque gourmande / bistrot / delicatessen / salon de thé / boulangerie / pâtisserie, bref tout à la fois mais ça marche bien. Deux grosses salades (genre, très très grosses), et une belle corbeille de pains maison (foccacia, campagne, céréales, baguettine, maïs) plus tard, nous voilà de retour à la maison pour nous pomponner.

Fraîches comme des gardonnes, direction Stravaigin à 18h30 pour un repas qui, une fois de plus, me scotchera par terre. Prix du meilleurs Haggis/Neeps/Tatties (la spécialité du pays) s’il-vous-plait. Je prends une tarte aux petits pois et aux crevettes avec une purée de pickled beetroot maison, de la folie, et j’enchaine sur un bar fumé avec des aubergines, un quinoa grillé et du yaourt aux herbes, tout a sa place, les cuissons sont justes, rien à redire.

 

À ma droite (nous sommes 8 à table), mon voisin tombe de sa chaise à la première bouchée de son plat : Saint-Jacques et Pork Belly. Tout est dit. Bons fromages, et très joli dessert sur la rhubarbe pochée à la vanille, crumble de brioche aux noix de pécan et glace au miel.

Je comprends par la suite à quel point les écossais « know what it means to party », et me réveille, toute pimpante (zombie) en même temps que Kirstin, rayonnante (australopithèques) et son frère, radieux (les garçons sont agaçants).

Dernier brunch avant de repartir, chez Epicures of Hyndland, un très chouette loft sur deux étages (ça existe ?) à la carte réconfortante : des œufs Bénédicte, des Full Scottish, des énooooooormes pancakes, du pain perdu, de la soupe, des clubs et des gâteaux. Je ronronne dans mes gros pancakes à la banane (avec du yaourt au miel) et un Veggie Full Scottish, bougrement gourmand : scones aux pommes de terres, saucisses végétariennes, œufs brouillés, toasts beurrés, tomates rôties et gros champignons dorés. Exactement ce que je voulais.

Je ne veux pas partir.

J’aime l’Écosse et l’Écosse m’aime.

Allez en Écosse. Et embrassez-la de ma part.