J’ai mangé Claus
by Raphaële Marchal
Le petit déjeuner a cette délectable particularité d’être toujours plus savoureux quand on ne l’a pas préparé soi-même. S’asseoir à une table et se faire servir scones (on va en parler beaucoup, autant commencer maintenant), chocolats chauds et autres fantaisies frühstückiales procure cette sensation de bonheur et de plénitude de j’ai-rien-à-faire-et-je-kiffe que l’on ne retrouve pas plus tard dans la journée. Je stoppe illico les gros malins dans leur élan de contradiction : oui, un brunch à 15h, même s’il est servi plus tard que le déjeuner, ça compte. C’est une question de psychologie.
Eh bien c’est exactement ce que l’on a fait, mes copines et moi, un dimanche à 10h30, Chez Claus, l’Epicerie du Petit Déjeuner. Et c’était chouette.
Je glisse ici une phrase qui a l’avantage d’être multifonction : elle clôt la petite introduction et montre la rupture avec ce qui va suivre (ce qui s’est passé chez Claus, en fait), elle apporte un peu de suspens (le temps que vous passez à lire cet inepte groupe de mots formant un sens complet est un temps que vous ne passez pas à lire « ce qui s’est passé chez Claus, en fait », et elle introduit ce qui suit (roulement de tambour) : ce qui s’est passé chez Claus, en fait.
« Vous avez réservé ? » « Euh non, enfin pas que je sache » (je tente tous les noms, prénoms, diminutifs et comparatifs possibles et imaginables mais je sens qu’à ce stade, même si je finis par tomber sur le bon, il va pas coopérer, le mec). Confrontation de regards :
- Lui : pourquoi tu restes plantée là grande nouille (on est plus proches du pauvre conne mais il a l’œil doux, le mec qui coopère pas), je t’ai dit qu’il n’y avait pas de place, sois gentille et va chez Pain Quotidien (on en reparlera, ça va être super)
- Moi : je crois que t’as pas bien compris, je (qui se transforme en on puisqu’entre temps Lau est arrivée) repartira (oui, ça fait bizarre) pas d’ici tant qu’on n’aura pas goûté toute la carte, on a envie de lui faire gagner du temps en lui expliquant que non, on lâchera pas, et qu’autant nous promettre une table tout de suite, mais il persiste dans sa naïveté.
Pendant que le mec pas coopératif qui persiste dans sa naïveté* s’occupe à faire ce qu’il fait, La Belette arrive. Elle donne tout : « on s’en fout on se met n’importe où, même une toute petite table avec des toutes petites chaises, même dehors, debout, dans les escaliers, dans la cuisine, chez vous ? ». C’est quand parvient à nos oreilles un inaudible « bah vous n’avez qu’à attendre qu’une table se libère » qu’on sait qu’on a gagné. Il ajoute (mais là ça parvient plus du tout à nos oreilles) un petit « mais ça risque de prendre du temps, personne n’a fini », à quoi on répond, en cœur « chouette génial formidable magnifique ouah trop top cool ».
Regard perplexe du MPCQPDSN*.
Petit tour d’horizon (le quatrième, du coup) : ils ont l’air ouf les scones et trop beaux les cookies et wouah regarde ce gâteau et ça tu connais putain j’ai faim j’en veux 5 bon elle est prête quand notre table.
Ca y est, c’est l’heure du frühstück.
Je vais la faire courte, TOUT est bon.
Meilleurs scones alentours (j’ai jamais trop su ce que signifiait alentour, mais pour moi, c’est large, genre jusqu’à Frankfürt) avec beurre et confiture bio de OUF, Muësli Claus préparé la veille à tomber, Zwei Eier im Glas - comprendre tartare d’œuf, plutôt très bon comme on dit dans le milieu (enfin dans Top Chef) -, ChocoNut Cookies et Breakfast Cookies d’un niveau dont on ne se remet jamais vraiment complètement, frühstücksteller (assiette de jambon, comté, fromage frais, salade et œufs bio) frühstückstellerement bon, pain et « spreads » dingos, thé, chocolat chaud, jus de fruits, compotes… Pas une fausse note.
J’aimerais bien y aller avec un Claus… Anyone?
