Homme sceptique chez Holy Belly.

by Raphaële Marchal

Par Laurent
7H30. Je me lève sans réveil.

Un temps je me demande à qui je pourrais en vouloir. Je ne trouve évidemment pas. Ça m’énerve. A contre cœur je sors de mon lit pour le sacro-saint petit déjeuner. « Un bon petit déjeuner c’est la garantie d’une journée réussie ». Je n’aime pas les petits déjeuners. Et ce matin je me prévois une belle journée pourrie alors, si, je dois avoir la patate pour ça. Mon rituel culinaire matinal se résume en deux cafés allongés pour bien attaquer les entrailles, et si mon frigo est charitable, un jus d’orange acide pour enchaîner sur le foie. Je reste sceptique, voire méfiant, quant à l’importance d’un déjeuner qualifié de « petit ».
Et bien malgré cette réticence, ce matin, j’ai envie de me taper un bon gros petit déj.
Le soleil, sans doute.

L’ennui, sûrement.

9H30. Je file sous la douche. (Je tiens à informer le lecteur que ces deux heures écoulées ne regardent que moi).

10H15. Métro.

10H30. J’arrive au «Holybelly».

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Elvis, de sa voix suave et matinale, et un serveur, qui au tutoiement direct me met à l’aise, m’accueillent et me désignent une jolie petite table où je m’assois. La grande communauté du petit déjeuner se veut donc chaleureuse et cool (comme l’est j’imagine une réunion de camionneurs le matin sur un parking de resto route). Du bois, de la brique, de la poutre en fer. Ça grouille, c’est bobo, ça parle anglais derrière le bar. Je me sens bien. Presque ailleurs. La cuisine est ouverte à l’anglaise avec cette odeur de, comment dire… de cuisine ouverte à l’anglaise. D’ailleurs une partie du menu est en anglais aussi. Heureusement, je comprends pancake et eggs. (Je ne suis pas bilingue mais le lecteur peut ici remarquer que je me débrouille plutôt bien. On peut dire que je suis à l’aise avec l’anglais).

Quatre « breakfast » (petit déjeuner) me sont proposés. Bien entendu, j’hésite. Je sens bien que ça amuse la serveuse qui a un charmant accent étranger. Ca participe à l’ambiance croyez-moi. Me rappelant mon aversion pour ce moment de la journée, je prends le plus gros, le plus cher : pancakes, œufs sur le plat, bacon, beurre au bourbon, le tout accompagné d’un café filtre.

Le temps que les deux filles en cuisine préparent mon plat, j’en profite pour soigneusement espionner mes voisins. Des habitués solitaires, pas mal d’expatriés, quelques groupes d’amis. Les gens sont beaux. Dans un autre contexte, certains auraient été potables, moches même.

Mon breakfast arrive et là lors c’est une claque. D’abord visuellement, je ne pensais pas qu’un petit déjeuner pouvait être aussi beau. Un sandwich pancake / œufs baignant dans une soupe de sirop d’érable. C’est beau, c’est appétissant. Je commence à trouver un fort intérêt à cette pratique. Bon, je suis un peu sur mes gardes avec tout ce sirop d’érable.

Mais heureusement, il y a le bacon. C’est bon, terriblement bon, doux, réconfortant.

Mon café arrive dans un mug jaune, pour continuer de me faire croire que je suis chez moi, avec des potes, qu’on se détend et que la vie est cool. Sur la table, du sucre mais pas de petite cuillère ! Ce n’est pas maintenant que je vais me décourager, je demande à ce beau serveur bilingue s’il peut me venir en aide.

Je comprends tout de suite à son regard que dans le monde du petit déjeuner, je viens de faire ma première et plus grande erreur. En effet, en puriste du café filtre, mon beau serveur, en me donnant à contre cœur ma tant espérée cuillère, me promets que si j’attends quelques minutes, son café, en se refroidissant, va devenir moins amère. Au point où j’en suis. J’attends. Il a raison le bougre. Il est bon ton café gringo (j’aurais aimé avoir le courage de l’apostropher comme ça mais je mesure au plus profond de moi la niaiserie de cette phrase).

Alors oui, c’est un peu plus cher que le petit déjeuner français traditionnel (et encore, ils proposent une formule beurre - tartine à 5 euros), mais pour ces 40 minutes où je me suis senti comme un petit frenchy à Paris, je dis courrez-y.

I love breakfast.

19 Rue Lucien Sampaix, 75010 Paris
09 73 60 13 64
http://holybel.ly/