Le K2, hypnotique, éclatant, abracadabrant.

Comment se fait-il que devant la beauté, les mots se cachent ? C’est comme si la langue française ne couvrait pas tout, comme si dire « c’est beau » allait jusqu’à un certain point, et qu’au-delà, il n’y avait plus de vocabulaire. Je n’ai jamais su quoi dire devant un tableau qui me transportait, hantée par l’impression que dire « c’est magnifique » était insultant, comme si aucune phrase n’était à la hauteur. Alors bien souvent, je me tais.

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Indécemment rares sont les endroits dans le monde qui font cet effet-là, qui vous laissent bête et pantois, et rendent tout ce que vous avez à dire d’une banalité folle. En découvrant les premiers escaliers avec vue sur la neige, le coin cheminée au point de rencontre absolument idéal entre chic et cosy, la salle du restaurant à couper le souffle, la chambre comme tombée d’une nuage, le spa, la piscine, la salle du petit déjeuner, le cabaret, les cuisines, tout… je me suis sentie sotte. Comme battue. Et je me suis tue, béate.

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La neige a quand même eu la décence d’attendre que je retrouve mes esprits pour triompher. Elle a du se dire « je vais pas lui faire le coup de la beauté de l’hôtel + le blanc manteau en une fois, elle tiendra pas ». Je me suis donc couchée avec la vue de gauche, pour me réveiller avec la vue de droite… mais revenons aux festivités de la journée.

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A commencer par le déjeuner « sur le pouce », avant d’aller skier. Le K2 est plein d’humour. Pizza Petrossian (au caviar au saumon fumé), bouillon truffé et burrata aux artichauts.

Et Dom Pérignon, pour la forme.

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Et de loin, mon meilleur tiramisu ever. Doux et corsé, moelleux et fondant, crémeux et puissant, craquant de strate en strate, un graal du genre.

Et puis l’heure du ski. Et là… prestige. Dans mes souvenirs, le ski, c’était prendre une navette en moon boots jusqu’au ski set, serrée, transpirante et surchargée, enfiler mes chaussures de ski en sautant sur place de toutes mes forces, réussir en y laissant un doigt, un talon et ma dignité, marcher 15 minutes les skis sur le dos, avec une démarche indécente d’inélégance, de la buée dans le masque et les chevilles en feu, atteindre enfin le premier téléski, réaliser qu’il me manque un bâton et que mon forfait est démagnétisé. Pleurer, hurler que je hais le ski, engloutir d’une traite tous mes berlingots de lait concentré sucré, commencer ma journée avec la rage, la nausée, et la frustration de ne plus avoir de goûter.

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Au K2, c’est pareil, sauf que c’est tout le contraire.

Descendre en petits chaussons en cachemire au ski set, à quelques mètres de ma chambre, se faire enfiler les chaussures par deux jeunes hommes adorables, qui connaissent l’importance d’ouvrir en grand les chaussures avant de les refermer, se voir porter les skis jusqu’au bout de l’allée, chausser en douceur et descendre la piste. C’est à ce moment-là que j’ai compris ce qu’a du ressentir l’homme quand il a découvert le feu. Quelques heures de pistes sur une neige tout juste tombée plus tard, retour au chalet avec, wait for it… un bar ambulant de chocolats chauds. Wow.

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Petit tour dans le laboratoire de Sébastien Vauxion, chef pâtissier, et là je comprends que non seulement cet hôtel est évanouissant de beauté, mais qu’en plus il est allé au bout du bout de chaque détail, pâtisserie comprise. En d’autres termes, derrière ce coeur d’athlète, il y a un coeur qui bat.

Un hôtel de luxe, en plein Courchevel, qui fait ses confitures, ses viennoiseries, ses bonbons de chocolats, ses inserts de beignets (compôtée de fraises ramassées cet été, herbes cueillies à quelques mètres du K2), c’est complètement rare. Un jusqu’au-boutisme digne des plus grands palaces parisiens, avec en plus une vue imbattable depuis le laboratoire…

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Petit détail juste ici, qui m’a donné envie d’avoir six ans : dans le coin des enfants (squatté par les adultes en permanence, soyons honnête), se trouvent des distributeurs de bonbons géants.

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Et puis les deux plus jolis mots de la langue de Molière ont retenti : « à table ! ». Quelle perfection cette salle de restaurant, quelle élégance, quelle légèreté, quel accueil, fantastique.

Toujours en plein coeur des sapins enneigés.

Premier petit bonheur : l’amuse-bouche dépend du choix de l’entrée. Aux coquillages, l’huître, à la raviole de cochon, le pâté de tête. Brillo.

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Dans une assiette, et à chacun leur cuisson, des ormeaux, des langoustines, des couteaux, des coques, des Saint-Jacques, et diantre que j’en passe, une vraie caresse. Jean-Rémi Caillon, chef du Kintescence au K2 Palace, est un chef d’une grande sensibilité, presque papa poule avec ses produits. Il donne la rétorque à Gatien Demczyna, chef du Montgomerie au K2 Altitude, quelques mètres plus haut.

Pour deux hôtels, le K2 Altitude et le K2 Palace, un directeur : Jean-Alain Baccon, véritable kumquat du premier contact. Réservé, acidulé, puis doux et emporté. Et ça vaut le coup d’attendre la fin du fruit, tant cet homme déborde d’amour et de passion pour son métier, au sens le plus large, beau et noble du terme, de la sommellerie à l’hébergement, de la cuisine à l’accueil, de la décoration à la pâtisserie. Deux chefs, donc, et un chef pâtissier : Sébastien Vauxion, qui excelle sans vaciller d’une hauteur à une autre.

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« Gillardeau au réveil, et la journée s’émerveille » ? Si elle n’existait pas, elle devrait. Gros bonheur de se réveiller dans un tel bain laiteux, noisetté et iodé.

Bon, je conçois que d’autres puissent lui préférer les brioches roulées, kouglofs et crêpes maison. Elles y sont. Omelettes, mangoustans et cakes à la pistache aussi.

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L’endroit parfait en somme. Le K2 a tout bon.

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Tout sur le K2 Palace
Tout sur le K2 Altitude

Tout schuss.